Comment le langage peut-il contrôler des sociétés ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

La parole semble le contraire de la force : discuter plutôt que frapper, voter plutôt que s'entretuer. Mais qui maîtrise les mots maîtrise déjà ce que les autres peuvent penser, dire et même percevoir. Du sophiste athénien au communicant politique, du sermon au slogan, le langage apparaît comme un pouvoir : il nomme, classe, ordonne, légitime, exclut. Le problème est alors le suivant : ce pouvoir est-il un accident, le mauvais usage d'un instrument neutre, ou une dimension constitutive de tout discours ? Et comment une société peut-elle se protéger de la manipulation sans détruire la liberté de parole ?

Les thèses essentielles

· Gorgias (Éloge d'Hélène) : le discours est un « grand souverain » qui, au moyen du plus petit des corps, accomplit les actes les plus divins : chasser la crainte, produire la joie, persuader l'âme entière. · Platon (Gorgias) : la rhétorique n'est pas un art mais une flatterie, « ouvrière de persuasion » qui produit la croyance sans le savoir ; elle donne aux orateurs un pouvoir vide, sans connaissance du juste. · Aristote (Rhétorique) : la rhétorique mérite d'être enseignée, car le vrai et le juste ont besoin de défenseurs ; elle est la faculté de discerner ce qui est persuasif en chaque cas, technique neutre que la fin qualifie. · Austin (Quand dire, c'est faire, 1962) : certains énoncés ne décrivent rien, ils font : marier, baptiser, condamner. Le performatif révèle que la parole institue la réalité sociale, à condition que des institutions l'autorisent. · Foucault (L'ordre du discours, 1971) : dans toute société, la production du discours est contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par des procédures d'exclusion : interdits, partage raison / folie, volonté de vérité.

Distinctions et repères

Persuader / convaincre : jouer sur les affects ou s'adresser à la raison par des preuves ; toute critique de la manipulation repose sur ce repère. Obligation / contrainte : un bon argument oblige la raison sans contraindre la volonté. Légal / légitime : la langue officielle d'un État peut être imposée légalement sans être légitime, comme la LTI décrite par Klemperer.

Sujets possibles

· La parole est-elle un instrument de domination ? · Convaincre, est-ce contraindre ? · Peut-on lutter contre un pouvoir par les mots ?

Méthode

Sur ces sujets, garde les exemples historiques (propagande, novlangue d'Orwell, LTI de Klemperer) comme matériau, mais analyse-les avec des concepts : performatif, persuasion, procédure d'exclusion. Une copie qui raconte 1984 décrit ; une copie qui montre pourquoi réduire le lexique réduit le pensable démontre. Pense enfin au renversement : le langage qui domine est aussi celui qui libère, par le débat réglé et l'éducation au jugement.