Fiche révisions en philosophie : autrui

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

Autrui n'est pas n'importe quel objet du monde : c'est un autre moi-même, un alter ego, un sujet conscient et libre comme je le suis. De là naît un paradoxe : autrui m'est à la fois le plus semblable (il pense, désire, souffre comme moi) et le plus inaccessible (je n'aurai jamais accès à sa vie intérieure de l'intérieur). Comment alors être certain qu'il existe comme conscience, et non comme simple corps animé ? Et quel est mon rapport à lui : rivalité, menace, indifférence, ou au contraire condition de mon humanité ? La question d'autrui est inséparable de celle de la connaissance de soi et de la morale.

Les thèses essentielles

· Hegel (Phénoménologie de l'esprit, 1807) : la conscience de soi exige d'être reconnue par une autre conscience. La lutte pour la reconnaissance, illustrée par la dialectique du maître et de l'esclave, est le moteur des rapports humains. · Sartre (L'Être et le Néant, 1943) : autrui me révèle par son regard ma dimension d'objet. La honte prouve son existence. Dans L'existentialisme est un humanisme (1946), il fait d'autrui une condition de la connaissance de soi. · Lévinas (Totalité et Infini, 1961) : la rencontre du visage d'autrui fonde une responsabilité éthique antérieure à toute connaissance. Autrui m'ordonne « tu ne tueras point ». · Husserl (Méditations cartésiennes, 1929) : autrui est saisi par analogie comme un alter ego, mais il garde une transcendance irréductible.

Distinctions et repères

Sujet / objet : autrui oscille entre le statut d'objet que je perçois et celui de sujet qui me perçoit. Identité / différence : autrui est identique à moi (conscience) et différent (autre conscience). Objectif / subjectif / intersubjectif : le rapport à autrui ouvre la dimension intersubjective, condition d'un monde commun. Médiat / immédiat : la connaissance de soi par autrui est médiate. En théorie / en pratique : autrui n'est pas seulement à connaître (théorie) mais à respecter (pratique).

Sujets possibles

· Autrui est-il un obstacle ou une condition de ma liberté ? · Ai-je besoin d'autrui pour me connaître ? · Doit-on respecter autrui par devoir ou par sentiment ?

Méthode

Le piège est de réduire autrui au sentiment (amitié, amour) : pense-le d'abord comme problème théorique (peut-on prouver son existence ?) et comme enjeu éthique. Articule trois auteurs complémentaires : Hegel pour la reconnaissance et le conflit, Sartre pour le regard, Lévinas pour la responsabilité. Évite la confusion entre autrui (un autre sujet) et l'étranger ou l'inconnu (une catégorie sociale).