Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Le mot religion renvoie à deux étymologies possibles : religare, relier (les hommes entre eux et au divin), et relegere, recueillir avec scrupule. La religion est donc à la fois un fait social (rites, institutions, communauté) et une attitude intérieure (foi, croyance). Le problème central : la croyance religieuse relève-t-elle d'un besoin indéracinable de l'homme, d'une illusion à dissiper, ou d'un rapport au sens que la raison ne peut ni produire ni remplacer ?
· Pascal (Pensées) : la foi est de l'ordre du cœur, non de la démonstration ; le pari montre toutefois qu'en situation d'incertitude, miser sur Dieu est l'option rationnellement avantageuse. · Spinoza (Traité théologico-politique, 1670) : la superstition naît de la crainte et de l'ignorance des causes ; il faut séparer la foi, qui vise l'obéissance et la justice, et la philosophie, qui vise le vrai. · Feuerbach (L'Essence du christianisme, 1841) : Dieu est la projection des perfections humaines ; la théologie est une anthropologie qui s'ignore. · Marx (1844) : la religion est « l'opium du peuple » : consolation illusoire, mais aussi protestation contre une détresse réelle, qui disparaîtra avec ses causes sociales. · Freud (L'Avenir d'une illusion, 1927) : la religion est une illusion, c'est-à-dire une croyance dérivée du désir de protection face à la détresse, ce qui ne préjuge pas de sa fausseté. · Durkheim (Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912) : la religion est un système de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, qui unit une communauté morale ; le partage sacré / profane en est le noyau.
Le repère croire / savoir est ici décisif : croire, c'est tenir pour vrai sans preuve suffisante ; savoir, c'est pouvoir justifier rationnellement. Distingue aussi foi, croyance et superstition, et utilise transcendant / immanent pour situer le divin par rapport au monde. Origine / fondement sépare la genèse de la croyance et sa justification.
· La religion n'est-elle qu'une consolation ? · Croire, est-ce renoncer à la raison ? · Une vie religieuse est-elle une vie de soumission ?
Sur la religion, le piège majeur est de confondre expliquer la croyance (sa genèse psychique ou sociale : Feuerbach, Marx, Freud, Durkheim) et juger de sa vérité : expliquer pourquoi l'on croit ne démontre pas que l'objet de la croyance n'existe pas. Garde cette distinction au centre de tes copies : elle suffit souvent à construire un dépassement honnête et rigoureux.