L’État peut-il user moralement de la violence ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

L'État interdit la violence privée, mais il punit, emprisonne, fait la guerre : il semble vivre de ce qu'il proscrit. Faut-il y voir une contradiction ou une nécessité ? Si toute violence est immorale, l'État qui en use se condamne lui-même ; mais s'il y renonce, il livre les faibles à la violence des forts. Le problème est donc de déterminer ce qui peut transformer la force publique en autre chose qu'une domination : des fins justes, des règles, une légitimité ? Et de savoir si cette transformation suffit à la rendre morale.

Les thèses essentielles

· Weber (Le Savant et le Politique, 1919) : l'État revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime ; gouverner, c'est accepter d'engager ce moyen spécifique, ce qui appelle une éthique de responsabilité et non de pure conviction. · Rousseau (Du contrat social, 1762) : force ne fait pas droit ; céder à la force est nécessité, non devoir. La violence d'État n'oblige que si elle est l'instrument d'une puissance légitime, fondée sur la volonté générale. · Machiavel (Le Prince, 1532) : la conservation de l'État peut exiger d'entrer dans le mal ; la cruauté bien employée, brève et mesurée, épargne des maux plus grands. La politique a ses règles propres, distinctes de la morale privée. · Hobbes (Léviathan, 1651) : les pactes sans le glaive ne sont que des paroles ; la contrainte publique est la condition d'effectivité du droit et de la paix. · Arendt (Sur la violence, 1969) : pouvoir et violence s'opposent ; le pouvoir naît du consentement et de l'action concertée, la violence n'est qu'un instrument qui peut tout détruire et ne rien fonder.

Distinctions et repères

Légal / légitime : une violence prévue par le droit peut rester injustifiable. Obligation / contrainte : la force contraint les corps, seule la légitimité oblige les volontés. Principe / cause / fin : juger la violence d'État, c'est examiner à la fois ce qui l'autorise, ce qui la déclenche et ce qu'elle vise. Distingue enfin violence, force publique et pouvoir : les confondre, c'est perdre le problème.

Sujets possibles

· La fin justifie-t-elle les moyens en politique ? · Un État sans violence est-il possible ? · Le pouvoir politique repose-t-il sur la force ?

Méthode

Évite le contresens classique : chez Weber, « légitime » ne veut pas dire « moral », mais « reconnu comme valable ». Pars de cette distinction pour problématiser. Construis ensuite l'alternative : nécessité de la force publique (Hobbes, Weber) contre impossibilité de fonder le droit sur la force (Rousseau, Arendt). Ton dépassement gagnera à déplacer la question : ce n'est pas la violence qui moralise l'État, ce sont les fins, les règles et le contrôle qui peuvent moraliser l'usage de la force.