Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Affirmer un inconscient psychique, c'est dire que je pense, désire et me souviens hors de ma propre vue. Mais si l'inconscient échappait totalement à la conscience, comment en saurions-nous quelque chose ? Et s'il ne lui échappe qu'en partie, par quels chemins se laisse-t-il connaître ? La question engage le statut de la psychanalyse (science ou interprétation ?) et le destin de l'idéal cartésien de transparence à soi.
· Leibniz (Nouveaux Essais sur l'entendement humain, 1765) : il existe des « petites perceptions » trop faibles pour être aperçues ; j'entends le mugissement de la mer sans distinguer chaque vague. Le psychisme déborde la conscience claire. · Freud (Métapsychologie, 1915) : l'hypothèse de l'inconscient est « nécessaire et légitime » : rêves, lapsus, actes manqués, symptômes restent inintelligibles sans elle. Le refoulement maintient hors de la conscience des représentations inconciliables, qui font retour de manière déguisée. · Freud (L'Interprétation des rêves, 1900) : l'inconscient échappe à l'introspection directe, mais pas à toute connaissance : il se déchiffre indirectement, comme un texte, par l'interprétation de ses formations. · Sartre (L'Être et le Néant, 1943) : la censure devrait connaître ce qu'elle refoule pour le refouler : l'inconscient freudien est contradictoire ; il faut lui substituer la mauvaise foi, mensonge à soi d'une conscience une. · Alain (Éléments de philosophie, 1941) : « l'inconscient est une méprise sur le moi » : il n'y a pas un autre moi qui pense en moi, mais un corps et ses mécanismes ; donner figure de sujet à l'inconscient, c'est se fabriquer une excuse.
Médiat / immédiat : l'inconscient interdit l'accès immédiat à soi, non l'accès médiat (interprétation, parole, autrui). Croire / savoir : la psychanalyse relève-t-elle du savoir vérifiable ? Popper (Conjectures et réfutations, 1963) lui reproche d'être irréfutable. En fait / en droit : ce qui m'échappe en fait aujourd'hui ne m'échappe pas nécessairement en droit.
· Suis-je le mieux placé pour savoir qui je suis ? · Peut-on se mentir à soi-même ? · La connaissance de soi a-t-elle des limites indépassables ?
Le piège ici est l'exposé-catalogue sur Freud. Prends la question au sérieux : « totalement » est le mot à problématiser. Montre d'abord ce qui résiste à la conscience (refoulement), puis les voies d'accès indirectes (rêve, lapsus, cure), enfin discute la valeur de ce savoir avec Sartre, Alain ou Popper. Souviens-toi du sujet de métropole 2021, « L'inconscient échappe-t-il à toute forme de connaissance ? » : c'est exactement ce geste en trois temps qu'on attendait des candidats.