Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Obéir aux lois paraît être le devoir élémentaire du citoyen : sans cette obéissance, pas d'ordre commun, donc pas de justice possible. Mais suffit-elle ? Trois failles apparaissent. D'abord, je peux obéir pour de mauvais mobiles : par peur du gendarme, et non par souci du juste ; mon acte est alors légal sans être moral. Ensuite, la loi est générale : appliquée mécaniquement à un cas singulier qu'elle n'a pas prévu, elle peut produire une injustice. Enfin, la loi elle-même peut être injuste : l'histoire du XXe siècle a montré des crimes parfaitement légaux. Le devoir exige-t-il donc autre chose, et parfois plus, que l'obéissance ?
· Kant, Métaphysique des moeurs : la légalité (conformité extérieure à la loi) ne se confond pas avec la moralité (action accomplie par devoir) ; être en règle n'est pas être moral. · Aristote, Éthique à Nicomaque (V) : la loi est universelle, les cas sont singuliers ; l'équité corrige la justice légale en décidant ce que le législateur aurait voulu pour le cas imprévu. · Alain, Propos : « résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen » ; obéir assure l'ordre, résister assure la liberté ; le citoyen obéit sans abdiquer son jugement. · Arendt, Eichmann à Jérusalem : la banalité du mal naît de l'obéissance sans pensée ; se retrancher derrière les ordres et la légalité n'efface pas la responsabilité. · Rawls, Théorie de la justice : la désobéissance civile (publique, non violente, en appel au sens de la justice de la majorité) peut être justifiée face à une injustice substantielle, quand les recours légaux sont épuisés.
Le repère légal/légitime ouvre le sujet : ce que la loi permet ou commande n'est pas automatiquement juste. Le repère en fait/en droit aide à penser les lois injustes : leur existence de fait ne leur confère pas une validité morale de droit. Distingue enfin lettre et esprit de la loi : l'équité aristotélicienne montre qu'on peut trahir le juste en appliquant scrupuleusement le texte.
· Respecter la loi, est-ce toujours bien agir ? · Peut-on avoir le devoir de désobéir ? · Suffit-il de n'enfreindre aucune loi pour être juste ?
Ne plaide ni pour l'obéissance aveugle ni pour la rébellion romantique : le correcteur attend des critères. Construis ta copie comme une montée en exigence : obéir, puis obéir moralement (Kant), puis juger la loi elle-même (Arendt, Rawls). Cite Rawls avec précision sur les conditions de la désobéissance civile : c'est ce qui distingue une réflexion argumentée d'une opinion généreuse. L'exemple historique doit rester un appui, pas une preuve à lui seul.