Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
La conscience paraît être la condition de la liberté : pour choisir, il faut se représenter des possibles. Elle paraît aussi la condition de la responsabilité : le droit n'impute un acte qu'à celui qui avait son discernement. Pourtant, se sentir libre n'est pas une preuve qu'on l'est : la conscience pourrait n'être que le témoin partiel d'un processus qui la dépasse. Faut-il dire que la conscience rend libre, qu'elle rend seulement responsable, ou qu'elle fabrique l'illusion des deux ?
· Descartes (Méditations métaphysiques, 1641, Méditation quatrième) : la volonté est en nous si ample qu'elle porte la marque de l'infini ; le libre arbitre est une donnée immédiate de la conscience. · Spinoza (Lettre à Schuller, 1674 ; Éthique, 1677, I, appendice) : une pierre consciente de son mouvement se croirait libre ; les hommes se croient libres parce qu'ils connaissent leurs désirs et ignorent les causes qui les produisent. · Kant (Critique de la raison pratique, 1788) : la conscience de la loi morale révèle la liberté : si je dois, c'est que je peux. La liberté ne se prouve pas théoriquement, elle s'atteste pratiquement. · Nietzsche (Généalogie de la morale, 1887) : la responsabilité n'est pas un donné mais le fruit d'un long dressage social qui a fait de l'homme « un animal qui peut promettre ». · Sartre (L'Être et le Néant, 1943 ; L'existentialisme est un humanisme, 1946) : la conscience néantise ce qui est et se projette ; l'homme est condamné à être libre, et la mauvaise foi est la fuite devant ce poids.
Obligation / contrainte : la contrainte supprime le choix, l'obligation le suppose ; seul un être conscient peut être obligé. En fait / en droit : je peux être cause d'un dommage en fait sans en répondre en droit (absence de discernement). Origine / fondement : la conscience est-elle le simple point de départ psychologique de la responsabilité, ou son fondement légitime ?
· Être conscient, est-ce être responsable ? · Notre sentiment d'être libres est-il trompeur ? · Peut-on être responsable de ce dont on n'a pas conscience ?
Sur ce type de sujet, refuse d'emblée l'alternative brute « libre ou déterminé » : distingue les plans (psychologique, moral, juridique) et fais travailler le repère en fait / en droit. Le correcteur attend que tu confrontes une expérience vécue (le sentiment de décider) à une objection théorique (Spinoza, Freud), puis que tu reconstruises une notion de responsabilité qui survive à l'objection : c'est là que se joue le dépassement, pas dans un vague compromis.