Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Aucune société connue n'a été décrite sans croyances, sans rites, sans récits sur l'invisible. Ce constat anthropologique pose un problème philosophique : la croyance est-elle inscrite dans la nature humaine, comme un besoin ou une fonction vitale, ou n'est-elle qu'un fait historique, appelé à reculer avec le progrès des connaissances ? Si elle est inhérente à l'homme, l'incroyance moderne serait une illusion de surface, et le religieux se déplacerait sans disparaître. Si elle est contingente, l'humanité pourrait s'en émanciper. Encore faut-il distinguer croire (tenir pour vrai sans preuve suffisante) et la religion (système institué de croyances et de rites) : on peut perdre la seconde et garder le premier.
· Bergson (Les Deux Sources de la morale et de la religion, 1932) : la religion statique est une réaction défensive de la nature contre le pouvoir dissolvant de l'intelligence, notamment contre la certitude de la mort ; la fonction fabulatrice sécrète dieux et mythes. Jamais de société sans religion. · Hume (Histoire naturelle de la religion, 1757) : la crainte et l'espérance, face aux causes inconnues des biens et des maux, engendrent les dieux ; la religion s'enracine dans les passions. · Feuerbach (L'Essence du christianisme, 1841) : Dieu est la projection de l'essence humaine ; la théologie est une anthropologie qui s'ignore. · Freud (L'Avenir d'une illusion, 1927) : les idées religieuses sont des illusions, croyances dérivées des désirs les plus anciens de l'humanité ; l'illusion se définit par sa source, non par sa fausseté. · Pascal (Pensées, 1670) : la foi est une affaire de cœur, non de raison ; loin d'être un besoin parmi d'autres, elle répond à la misère de l'homme sans Dieu.
Croire / savoir : le repère cardinal du chapitre ; la croyance n'est pas un savoir raté mais un autre régime d'adhésion. Origine / fondement : expliquer l'origine psychologique ou sociale d'une croyance (désir, crainte) ne tranche pas la question de son fondement ; conclure de la genèse à la fausseté est un sophisme génétique. Transcendant / immanent : la croyance vise un au-delà, mais ses explications modernes la ramènent à l'en-deçà humain.
· L'homme a-t-il besoin de croire ? · La croyance religieuse n'est-elle qu'une consolation ? · Faut-il opposer croire et savoir ?
Quand un sujet contient « besoin » ou « inhérent », interroge d'abord ce mot : un besoin se prouve par la pathologie de son manque, et il faudra te demander ce que devient un homme ou une société privés de croyance. Méfie-toi du sophisme génétique : montrer avec Freud d'où vient une croyance ne démontre pas qu'elle est fausse, et les bons correcteurs attendent cette distinction entre origine et fondement.