Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Nous tenons la raison pour notre meilleur guide ; et pourtant l'expérience suggère qu'elle gêne le bonheur autant qu'elle le sert. Calculer, prévoir, comparer : autant d'opérations qui refroidissent la joie, nourrissent l'inquiétude et nous arrachent au présent. Faut-il alors choisir entre lucidité et félicité ? Le problème se précise quand on remarque que « raison » désigne deux choses : une faculté de calcul au service de nos fins, et une exigence normative qui juge nos fins elles-mêmes. La raison qui organise le bonheur n'est peut-être pas celle qui l'entrave.
· Épicure (Lettre à Ménécée) : la prudence, calcul raisonné des plaisirs et des peines, est la condition du bonheur ; la pensée guérit les craintes vaines (les dieux, la mort) au lieu de les créer. · Platon (Gorgias) : contre Calliclès, qui veut des désirs sans frein, Socrate montre qu'une vie de remplissage indéfini (les tonneaux percés) ne fait pas un bonheur. · Rousseau (Discours sur l'origine de l'inégalité, 1755) : l'état de réflexion est contre nature ; la raison socialisée engendre comparaison et amour-propre, donc malheur. · Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785) : la raison n'est pas l'instrument du bonheur ; l'instinct y suffirait mieux ; sa destination est la volonté bonne. · Mill (L'Utilitarisme, 1861) : les plaisirs de l'esprit l'emportent en qualité ; mieux vaut Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait : la lucidité appartient au bonheur digne de ce nom.
La distinction du rationnel (cohérence des moyens) et du raisonnable (justesse des fins) est l'outil central du chapitre. Théorie / pratique sépare la raison qui connaît de la raison qui dirige la vie. Idéal / réel aide à interroger le bonheur parfait que le calcul poursuit sans l'atteindre.
· Faut-il être raisonnable pour être heureux ? · Penser, est-ce renoncer au bonheur ? · Le bonheur exige-t-il la lucidité ?
Ne transforme pas ce sujet en éloge convenu de la modération. Le mot fort est « entrave » : demande-toi à chaque partie ce que la raison empêche exactement (l'illusion ? l'élan ? l'insouciance ?) et si ce qu'elle empêche méritait d'être appelé bonheur. Tu tiendras ainsi un fil problématique au lieu d'aligner des doctrines, et ta conclusion pourra répondre nettement : la raison n'entrave que les bonheurs qui ne survivraient pas à la lucidité.