Le bonheur est-il le but de la vie ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

Pascal le constate : « Tous les hommes recherchent d'être heureux, jusqu'à ceux qui vont se pendre. » Le bonheur semble donc être la fin universelle de nos actions, ce que confirme Aristote en l'identifiant au souverain bien. Mais ce constat psychologique fait-il une norme ? Si le bonheur est le but de la vie, tout devrait lui être subordonné : la vérité, la justice, la liberté. Or nous admirons précisément ceux qui sacrifient leur bonheur à une cause ou à un devoir. La question oblige donc à distinguer ce que les hommes recherchent en fait et ce qu'ils doivent rechercher en droit : le bonheur est-il la fin suprême, une fin parmi d'autres, ou une simple récompense espérée ?

Les thèses essentielles

· Aristote, Éthique à Nicomaque : le bonheur est la seule fin que nous voulons pour elle-même ; il consiste en une activité de l'âme conforme à la vertu, dans une vie accomplie. La vie contemplative en est la forme la plus haute. · Pascal, Pensées : la recherche effrénée du divertissement trahit notre incapacité à être heureux par nous-mêmes ; l'homme fuit dans l'agitation la pensée de sa misère. · Mill, L'Utilitarisme : le bonheur du plus grand nombre est le critère de la moralité ; mais les plaisirs diffèrent en qualité, et mieux vaut être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait. · Kant, Critique de la raison pratique : la morale ne nous enseigne pas comment être heureux, mais comment devenir dignes du bonheur ; faire du bonheur le but suprême ruinerait la moralité. · Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra : le « dernier homme » qui a « inventé le bonheur » incarne une humanité rapetissée ; viser d'abord le confort, c'est renoncer à créer et à se dépasser.

Distinctions et repères

Le repère principe/cause/fin est central : dire que le bonheur est le but de la vie, c'est le poser comme fin, ce en vue de quoi l'on agit, et non comme cause de nos actes. Le repère en fait/en droit permet de séparer le constat (tous recherchent le bonheur) de la norme (faut-il le rechercher avant tout ?). Distingue enfin hédonisme (le plaisir comme bien suprême) et eudémonisme (le bonheur comme fin, qui peut inclure la vertu) : confondre les deux fait perdre la spécificité d'Aristote.

Sujets possibles

· Peut-on renoncer au bonheur ? · Faut-il préférer le bonheur à la vérité ? · Une vie heureuse est-elle nécessairement une vie réussie ?

Méthode

Quand le sujet articule le bonheur à une autre valeur (vérité, devoir, liberté), refuse d'emblée la simple juxtaposition : demande-toi laquelle commande l'autre. Le couple Aristote/Kant te donne l'ossature de la plupart des plans : fin suprême contre dignité d'être heureux. Réserve Nietzsche ou Pascal pour déstabiliser la question elle-même : et si vouloir le bonheur avant tout était déjà une manière de rater sa vie ?