Le devoir moral est-il universel ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

Le devoir prétend commander sans condition : « tu ne dois pas mentir » ne semble pas admettre de frontières. Pourtant l'observation des cultures révèle une étonnante diversité de morales : ce qui est honoré ici est interdit là. Faut-il en conclure que le devoir n'est que la coutume intériorisée d'une société donnée ? Ce serait passer trop vite du fait au droit : la variété des croyances morales ne prouve pas qu'aucune norme ne vaut pour tous, pas plus que la variété des opinions scientifiques ne réfute la vérité. Le problème consiste donc à déterminer si l'universalité du devoir est une réalité, une illusion ethnocentrique, ou une exigence à construire.

Les thèses essentielles

· Montaigne, Essais (« Des cannibales ») : « chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage » ; nos jugements moraux sont ethnocentriques, et la coutume fait presque toute la morale. · Pascal, Pensées : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » ; la justice humaine varie avec les frontières, signe qu'elle repose sur la coutume et la force plus que sur la raison. · Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs : le devoir émane de la raison, identique en tout homme ; le test d'universalisation et la formule de l'humanité (traiter toute personne comme une fin) valent sans exception. La diversité des moeurs est un fait qui ne réfute pas le droit. · Arendt, Les Origines du totalitarisme : les apatrides révèlent la fragilité des droits proclamés universels ; sans communauté politique pour les garantir, ils restent abstraits. L'universel moral a besoin d'institutions.

Distinctions et repères

Le repère universel/général/particulier/singulier est l'outil décisif : une norme générale (répandue) n'est pas universelle (valable pour tous en droit) ; confondre les deux, c'est offrir la victoire au relativisme à bon compte. Le repère en fait/en droit structure toute la discussion : la diversité des morales est un constat de fait, l'universalité du devoir une prétention de droit. Distingue enfin morale (normes vécues d'un groupe) et éthique rationnelle (normes fondées en raison) : le relativisme décrit la première, l'universalisme défend la seconde.

Sujets possibles

· Y a-t-il des valeurs universelles ? · La morale n'est-elle qu'une affaire de culture ? · Respecter autrui, est-ce seulement ne pas lui nuire ?

Méthode

Sur ce chapitre, ta meilleure arme est la rigueur des repères : pose en fait/en droit et universel/général dès l'analyse du sujet, et le plan se dessine presque seul. Évite la caricature du relativiste : Montaigne ne dit pas que tout se vaut, il dénonce la précipitation de nos jugements. Et termine avec Arendt plutôt que par une pétition de principe : l'universel n'est pas donné, il se construit politiquement, ce qui te donne un dépassement solide et concret.