Le mensonge peut-il être moral ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

Le mensonge semble immoral par définition : il trompe, il trahit la confiance, il instrumentalise autrui. Pourtant chacun connaît des situations où dire la vérité paraît cruel, voire criminel : livrer un fugitif, accabler un mourant. Le problème est donc de savoir si l'interdit du mensonge est absolu ou s'il admet des exceptions, et, plus profondément, si une exception accordée au mensonge laisse intacte la possibilité même de la parole donnée. Attention au verbe « pouvoir » : il ne s'agit pas de savoir si l'on peut mentir en fait (c'est évident), mais si on le peut en droit.

Les thèses essentielles

· Augustin (De mendacio) : tout mensonge est une faute, car il consiste à parler contre sa pensée avec l'intention de tromper ; même le mensonge qui sauve reste un mal. · Platon (République, II-III) : le mensonge, poison pour les particuliers, peut devenir remède entre les mains des seuls gouvernants, au bénéfice de la cité. · Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785 ; « D'un prétendu droit de mentir par humanité », 1797) : la véracité est un devoir inconditionnel ; la maxime du mensonge, universalisée, se détruit elle-même. · Constant (Des réactions politiques, 1797) : un devoir suppose des droits corrélatifs ; dire la vérité n'est dû qu'à ceux qui ont droit à la vérité.

Distinctions et repères

Distingue d'abord mentir, se tromper et tout dire : le mensonge se définit par l'intention de tromper, non par la fausseté. Légal / légitime sépare ce que la loi tolère de ce que la morale exige. Universel / général / particulier / singulier permet d'examiner si une exception singulière (l'assassin à la porte) peut être pensée sans ruiner la règle universelle.

Sujets possibles

· Faut-il toujours dire la vérité ? · Peut-on mentir par respect pour autrui ? · La sincérité est-elle toujours une vertu ?

Méthode

Pars toujours de la définition stricte du mensonge, sinon ta copie glissera vers un débat vague sur la franchise. Construis ensuite un cas limite précis (le résistant qui cache un fugitif) et fais-le juger successivement par Augustin, Kant et Constant : la confrontation des verdicts te donne quasi mécaniquement ta thèse, ton antithèse et la matière du dépassement. Garde enfin un tiers terme en réserve, le silence ou le secret, qui n'est ni mensonge ni aveu.