Peut-on agir moralement sans conscience ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

« Conscience » a deux sens : la conscience psychologique (savoir ce que l'on fait) et la conscience morale (juger ce que l'on fait). Demander si l'on peut agir moralement sans conscience, c'est demander si la moralité exige la lucidité et l'intention, ou si des actes bons par habitude, par sentiment ou par leurs seules conséquences suffisent. L'enjeu est double : peut-on créditer d'une action morale l'animal, la machine ou l'homme qui agit sans y penser ? Et inversement, la bonne conscience garantit-elle la moralité ?

Les thèses essentielles

· Aristote (Éthique à Nicomaque) : la vertu est une disposition acquise par habitude ; c'est en accomplissant des actions justes qu'on devient juste. L'action vertueuse n'exige pas une délibération à chaque instant, mais elle suppose la prudence (phronèsis). · Rousseau (Émile, 1762, Profession de foi du vicaire savoyard) : la conscience est un « instinct divin », juge infaillible du bien et du mal ; le sentiment moral précède le raisonnement. · Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785) : seule a une valeur morale l'action accomplie par devoir ; le commerçant honnête par intérêt agit conformément au devoir, non moralement. La moralité exige la conscience de la maxime de son acte. · Mill (L'Utilitarisme, 1861) : la moralité d'une action tient à ses conséquences sur le bonheur général, non au motif de l'agent : sauver un homme pour de l'argent reste une action juste, même si l'agent vaut peu. · Arendt (Eichmann à Jérusalem, 1963) : le mal extrême peut naître d'une « banalité » : non la monstruosité, mais l'absence de pensée, l'incapacité de juger ce que l'on exécute.

Distinctions et repères

Légal / légitime : la conformité extérieure à la règle n'est pas la moralité. En fait / en droit : un acte bénéfique en fait peut être sans valeur morale en droit. Conscience psychologique / conscience morale : la seconde suppose la première mais y ajoute le jugement. Principe / cause / fin : juger un acte par son principe (Kant) ou par sa fin et ses effets (Mill).

Sujets possibles

· Suffit-il d'avoir bonne conscience pour bien agir ? · La morale est-elle affaire de sentiment ? · Peut-on faire le bien sans le savoir ?

Méthode

Commence toujours par lever l'ambiguïté du mot « conscience » : une bonne partie du devoir peut se jouer dans ce travail de définition. Choisis ensuite des exemples qui font vraiment travailler le problème (l'habitude vertueuse, le zèle bureaucratique d'Eichmann, le don intéressé) plutôt que des cas vagues, et analyse-les au lieu de les juxtaposer. Garde Arendt pour interroger le revers du sujet : agir en conscience, c'est d'abord ne pas cesser de penser.