Peut-on définir objectivement ce qu’est une œuvre d’art ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

« Des goûts et des couleurs, on ne discute pas » : le proverbe semble clore le débat avant qu'il commence. Pourtant tout le contredit : il existe des musées, des classiques, des jurys, des cotes, une histoire de l'art qui retient Vermeer et oublie mille peintres honnêtes. Si aucune définition objective de l'œuvre n'existe, comment expliquer cette convergence relative des jugements et la solidité des institutions artistiques ? Et si une définition existe, laquelle survit à Duchamp, dont l'urinoir signé ne se distingue par aucune propriété visible d'un urinoir quelconque ? Le problème est double : définir l'art (frontière entre œuvre et objet) et juger le beau (valeur de l'œuvre).

Les thèses essentielles

· Platon (Hippias majeur) : Socrate exige une définition du beau en soi, au-delà des belles choses ; l'échec du dialogue (« les belles choses sont difficiles ») fixe l'exigence : définir n'est pas énumérer des exemples. · Hume (De la norme du goût, 1757) : les goûts varient, mais la délicatesse, la pratique, la comparaison et l'absence de préjugés font de vrais juges, dont le verdict conjoint tient lieu de norme. L'objectivité du goût est une affaire d'expertise. · Kant (Critique de la faculté de juger, 1790) : est beau ce qui plaît universellement sans concept. Ni objectif (aucune preuve possible), ni simplement subjectif (prétention à l'assentiment de tous) : le jugement de goût vise une universalité subjective. L'antinomie du goût (§ 56) conclut : le beau ne se démontre pas, mais il se discute. · Danto (La Transfiguration du banal, 1981) : après les ready-made de Duchamp (Fontaine, 1917), aucune propriété perceptible ne sépare l'œuvre de l'objet banal ; ce qui transfigure l'objet, c'est une « atmosphère de théorie », le monde de l'art et son histoire.

Distinctions et repères

Objectif / subjectif / intersubjectif : le repère central du chapitre ; le jugement de goût est le cas d'école d'une prétention intersubjective sans objectivité démonstrative. Universel / général / particulier / singulier : le jugement « c'est beau » part d'un cas singulier et prétend à l'universel, sans passer par une règle générale. Exemple / preuve : en art, l'exemple ne prouve pas ; il montre, il éduque le regard.

Sujets possibles

· Tout objet peut-il devenir une œuvre d'art ? · Peut-on démontrer qu'une œuvre est belle ? · Le goût s'éduque-t-il ?

Méthode

Distingue dès l'introduction les deux questions que le sujet peut mêler : définir l'art (qu'est-ce qui fait l'œuvre ?) et juger le beau (qu'est-ce qui fait sa valeur ?). Beaucoup de copies les confondent et s'égarent. Appuie-toi sur l'antinomie kantienne comme structure de plan : elle fournit la thèse, l'antithèse et la résolution, c'est-à-dire l'ossature même d'une dissertation réussie.