Peut-on désobéir à l’État au nom de la justice ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

L'État ne demande pas notre avis : il commande par des lois assorties de sanctions. Tant que la loi paraît juste, obéir va de soi. Mais que faire quand la loi commande ou couvre l'injustice ? Obéir, c'est s'en rendre complice ; désobéir, c'est fragiliser l'ordre qui protège tous les autres droits. Le problème est donc de savoir si la justice, qui a besoin de l'État pour être effective, peut aussi autoriser à se dresser contre lui, et à quelles conditions la désobéissance reste un acte de justice plutôt qu'un simple refus de la règle commune.

Les thèses essentielles

· Platon (Criton) : Socrate refuse de s'évader, car répondre à l'injustice par l'injustice est toujours mal ; en vivant à Athènes, il a tacitement accepté ses lois. La fidélité au droit l'emporte sur l'intérêt propre. · Locke (Second Traité du gouvernement civil, 1690) : le pouvoir n'est qu'un mandat pour protéger la vie, la liberté et les biens ; quand il les viole, il se dissout lui-même et la résistance devient légitime. · Kant (Doctrine du droit, 1797) : aucun droit de sédition n'est pensable sans contradiction ; le citoyen doit obéir, mais conserve la liberté de critiquer publiquement le pouvoir. · Thoreau (La Désobéissance civile, 1849) : la conscience individuelle prime sur la majorité ; refuser l'impôt, c'est retirer son concours à un État esclavagiste. · Rawls (Théorie de la justice, 1971) : dans une société presque juste, la désobéissance civile est un acte public, non violent et conscient, qui en appelle au sens de la justice de la majorité et accepte la sanction. · Arendt (Eichmann à Jérusalem, 1963) : l'obéissance sans jugement rend possible le pire ; la banalité du mal montre qu'obéir n'est jamais moralement neutre.

Distinctions et repères

Légal / légitime : la désobéissance se justifie précisément dans l'écart entre les deux. Distingue aussi désobéissance civile (publique, non violente, fidèle au droit), délinquance (intérêt privé, dissimulation) et révolution (renversement de l'ordre entier). Obligation / contrainte : l'État juste oblige ma volonté ; l'État injuste ne peut plus que me contraindre.

Sujets possibles

· Désobéir à la loi peut-il être un devoir ? · Faut-il préférer l'injustice au désordre ? · Respecter le droit, est-ce toujours être juste ?

Méthode

Sur un tel sujet, le piège est le plaidoyer unilatéral. Ne fais ni l'éloge naïf de la révolte ni celui de l'ordre : construis le conflit des deux exigences. Définis tôt la désobéissance civile avec Rawls, cela t'évitera de confondre Antigone, le fraudeur et le révolutionnaire. Et garde un critère pour ta troisième partie : publicité, non-violence, acceptation de la sanction sont de bons fils pour décider quand la désobéissance sert la justice.