Qu’est-ce que le bonheur ?

Philosophie · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique de la notion

Le mot bonheur vient de « heur », qui signifie la chance, le sort favorable. L'étymologie installe donc un paradoxe au coeur de la notion : si être heureux est affaire de fortune, le bonheur ne dépend pas de nous ; or les morales antiques en font le fruit d'une discipline de l'âme. S'ajoute une difficulté de définition : le bonheur se distingue du plaisir, ponctuel et partiel, comme un état de satisfaction durable et global ; mais son contenu varie d'un individu à l'autre, au point que Kant y voit un concept indéterminé. Chacun veut être heureux, nul ne sait exactement ce qu'il veut. Qu'est-ce donc que le bonheur : une somme de plaisirs, une absence de trouble, l'accomplissement de notre nature, ou un simple idéal de l'imagination ?

Les thèses essentielles

· Épicure, Lettre à Ménécée : le plaisir est le souverain bien, mais il se définit négativement comme absence de douleur (aponie) et de trouble (ataraxie). Le bonheur exige un calcul des plaisirs et un tri des désirs : seuls les désirs naturels et nécessaires doivent être systématiquement satisfaits. · Épictète, Manuel : le bonheur consiste à ne vouloir que ce qui dépend de nous (nos jugements, nos désirs) et à accueillir ce qui n'en dépend pas (le corps, la richesse, la réputation). Cette citadelle intérieure rend le sage invulnérable au sort. · Platon, Gorgias : Calliclès soutient que la vie heureuse consiste à laisser croître ses désirs et à les satisfaire ; Socrate lui oppose l'image des tonneaux percés : le désir illimité est insatiable, donc malheureux. · Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation : le désir est manque, donc souffrance ; satisfait, il laisse place à l'ennui. La vie oscille comme un pendule entre ces deux pôles, et le bonheur durable est illusoire. · Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs : le bonheur est un « idéal de l'imagination », trop indéterminé pour fonder une règle universelle de conduite.

Distinctions et repères

Distingue le plaisir (état ponctuel lié à la satisfaction d'un désir), le bonheur (état global et durable) et la joie, que Bergson rattache à la création et à l'accomplissement (L'Énergie spirituelle). Le repère contingent/nécessaire structure tout le problème : le bonheur comme chance est contingent, et les sagesses antiques cherchent à le soustraire au hasard en le faisant dépendre de nous seuls. Le repère absolu/relatif sert à discuter l'hédonisme : le plaisir est toujours relatif à un manque, alors que le bonheur se présente comme un bien absolu, recherché pour lui-même.

Sujets possibles

· Le bonheur dépend-il de nous ? · Faut-il désirer moins pour être heureux ? · Le bonheur n'est-il qu'une suite de plaisirs ?

Méthode

Au brouillon, commence toujours par distinguer bonheur, plaisir et joie : la plupart des sujets sur cette notion jouent sur ces écarts. Ne récite pas les doctrines : fais-les dialoguer autour du problème posé, par exemple Calliclès contre Épicure sur la valeur du désir. Garde l'objection kantienne sur l'indétermination du bonheur pour le moment critique de ton plan : elle relance presque tous les sujets.