Spé. SES · Première · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Les sociétés modernes valorisent l'autonomie de l'individu. On craint parfois que cette individualisation ne dissolve le lien social et ne fasse disparaître la solidarité. Mais l'individu plus autonome est-il pour autant un individu isolé ? Comment les solidarités se recomposent-elles à mesure que progresse l'individualisation ?
L'individualisation est le processus par lequel l'individu s'affranchit des appartenances collectives traditionnelles (famille élargie, communauté villageoise, religion) pour devenir plus autonome dans ses choix : profession, conjoint, croyances, engagements. Il ne faut pas la confondre avec l'égoïsme : l'individualisme, au sens sociologique, désigne la primauté accordée à l'individu, ce qui n'exclut nullement la solidarité.
Émile Durkheim, dans De la division du travail social (1893), avait déjà saisi ce paradoxe. Le passage de la solidarité mécanique (cohésion par la ressemblance, dans les sociétés traditionnelles) à la solidarité organique (cohésion par l'interdépendance, née de la division du travail) rend l'individu à la fois plus autonome et plus dépendant des autres. La spécialisation des fonctions accroît la liberté individuelle tout en renforçant les liens d'interdépendance.
Les solidarités se recomposent. Les solidarités traditionnelles, héritées (famille, voisinage, religion), reculent relativement. Mais des solidarités choisies se développent : engagement associatif, bénévolat, mobilisations autour de causes. À cela s'ajoute la solidarité institutionnalisée par l'État-providence, qui organise une redistribution à grande échelle pour protéger les individus contre les risques sociaux (maladie, vieillesse, chômage). Loin de détruire la solidarité, l'individualisation la transforme : on parle parfois d'individualisme solidaire.
Émile Durkheim (1858-1917) reste l'auteur central : sa distinction entre solidarité mécanique et organique fonde l'analyse. La sociologie contemporaine prolonge cette réflexion en montrant la persistance des solidarités familiales et le développement des solidarités électives. Données de cadrage : en France, environ 43 % des personnes de 16 ans ou plus adhèrent à au moins une association et un peu moins du quart pratiquent le bénévolat, l'engagement croissant avec le diplôme. La protection sociale représente une part majeure du PIB français (de l'ordre de 30 %), ce qui témoigne de l'ampleur de la solidarité organisée.
· L'individualisation conduit-elle nécessairement à l'affaiblissement des solidarités ? · Vous montrerez que les formes de solidarité se transforment dans les sociétés contemporaines.
Le piège de ce chapitre est de confondre individualisation et délitement du lien social : prends appui sur Durkheim pour montrer que plus d'autonomie peut rimer avec plus d'interdépendance. Construis ton raisonnement en deux temps (les solidarités traditionnelles reculent ; de nouvelles solidarités, choisies et institutionnelles, les relaient). Distingue rigoureusement individualisation (processus), individualisme (valeur) et égoïsme (comportement) : la copie qui les amalgame perd en finesse.