L’oligopole et le dilemme du prisonnier

Spé. SES · Première · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique du chapitre

Trois ou quatre entreprises qui se partagent un marché : la situation est la plus courante dans les économies contemporaines, de la téléphonie aux compagnies aériennes. Comment des firmes peu nombreuses, dont chacune surveille les autres, fixent-elles leurs prix ? Le chapitre mobilise la théorie des jeux pour comprendre l'oscillation des oligopoles entre coopération et affrontement.

Notions et mécanismes essentiels

L'oligopole est une structure de marché où un petit nombre d'offreurs fait face à une multitude de demandeurs. Sa spécificité est l'interdépendance stratégique : le profit de chaque firme dépend des choix des autres, si bien que toute décision exige d'anticiper les réactions des rivales. Deux logiques s'offrent aux entreprises. La coopération : s'entendre sur les prix, les quantités ou le partage du territoire pour reconstituer collectivement un monopole ; c'est l'entente, ou cartel, strictement illégale. L'affrontement : décider seul, quitte à déclencher une guerre des prix favorable aux consommateurs. La théorie des jeux formalise ce choix. Dans le dilemme du prisonnier, chaque joueur possède une stratégie dominante (baisser son prix) qui s'impose quelle que soit la décision de l'autre ; le résultat, où les deux baissent leurs prix, est un équilibre de Nash : stable, car personne ne gagne à changer seul de stratégie, mais collectivement sous-optimal, car les deux firmes préféreraient les prix élevés. Ce modèle explique l'instabilité chronique des cartels : tout membre est tenté de tricher sur les quotas, et les autorités de la concurrence aggravent cette fragilité avec les programmes de clémence, qui exonèrent de sanction le premier dénonciateur.

Auteurs et faits stylisés

Le dilemme du prisonnier a été popularisé par Albert Tucker en 1950 ; John Nash a défini la même année l'équilibre non coopératif qui porte son nom et lui a valu le prix Nobel d'économie en 1994. Côté faits : le Conseil de la concurrence a infligé en 2005 une amende totale de 534 millions d'euros aux trois opérateurs français de téléphonie mobile pour avoir échangé des informations confidentielles et coordonné leurs stratégies entre 1997 et 2003. À l'échelle internationale, l'OPEP illustre la difficulté à faire respecter des quotas de production : les dépassements individuels y sont récurrents, conformément à la logique du dilemme du prisonnier.

Sujets possibles

Comment la théorie des jeux permet-elle de comprendre les comportements des entreprises en oligopole ? Vous montrerez que les ententes entre entreprises sont difficiles à maintenir dans la durée.

Méthode

Entraîne-toi à lire une matrice des gains : raisonne toujours ligne par ligne (« si l'autre fait X, que ai-je intérêt à faire ? ») avant de conclure sur la stratégie dominante. À l'écrit, le trio gagnant est : définition de l'oligopole, mécanisme du dilemme du prisonnier, exemple réel chiffré. Garde l'amende de 2005 en réserve, elle sert dans presque tous les sujets du chapitre.