Spé. SES · Première · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
On présente souvent le marché comme le règne de la liberté pure, opposé aux règles. C'est l'inverse : aucun marché ne fonctionne sans institutions. Ce chapitre établit que le marché est une construction sociale reposant sur des règles, puis classe les marchés réels selon leur degré de concurrence, du modèle théorique de la concurrence parfaite aux structures dominées par quelques firmes.
Un marché est un lieu, réel ou abstrait, de rencontre entre une offre et une demande, où se déterminent un prix et des quantités échangées. Pour exister, il exige des institutions, ces « règles du jeu » qui encadrent l'échange : des droits de propriété garantis (user d'un bien, en percevoir les fruits, le céder), une monnaie acceptée par tous, des règles de loyauté (affichage des prix, normes sanitaires, interdiction de la fraude) et des instances pour régler les litiges. Ces dispositifs réduisent l'incertitude et les coûts de transaction : sans eux, la peur d'être trompé ou spolié étoufferait la plupart des échanges. Certains échanges sont d'ailleurs interdits par la société (organes, votes, drogues), preuve que le périmètre du marché est un choix collectif. Le modèle de référence est la concurrence parfaite, définie par cinq conditions : atomicité, homogénéité des produits, libre entrée et sortie, transparence de l'information, libre circulation des facteurs. Quand elles sont réunies, chaque agent est preneur de prix. Les marchés réels s'en écartent plus ou moins : le marché des céréales ou les marchés financiers s'en approchent ; la téléphonie mobile française, avec quatre opérateurs, est un oligopole ; la distribution d'électricité est un monopole naturel. Plus le nombre d'offreurs diminue, plus le pouvoir de marché grandit.
Douglass North, prix Nobel d'économie 1993, définit les institutions comme les règles du jeu qui réduisent l'incertitude des échanges ; il montre que la qualité des institutions explique une grande partie des écarts de développement. Karl Polanyi (La Grande Transformation, 1944) rappelle que les marchés sont « encastrés » dans la société : le marché autorégulé généralisé est une invention du XIXe siècle, non un état naturel. Fait concret : un marché de gros alimentaire combine horaires réglementés, contrôles sanitaires, agréments et instances de litiges ; les places de marché en ligne ont dû réinventer ces dispositifs avec les systèmes de notation et les garanties de paiement, preuve que tout marché, même numérique, sécrète ses institutions.
Le marché peut-il fonctionner sans règles ? Vous montrerez que les marchés concrets s'éloignent du modèle de la concurrence parfaite.
Apprends les cinq conditions de la concurrence parfaite dans l'ordre, avec un contre-exemple réel pour chacune : c'est le moyen le plus sûr de montrer que les marchés réels s'en écartent. Quand un sujet parle d'institution, pense systématiquement au trio droits de propriété, monnaie, règles : il fournit le squelette de ta réponse.