Spé. SES · Première · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Le droit de vote est universel, mais son usage ne l'est pas : l'abstention progresse de scrutin en scrutin et touche inégalement les groupes sociaux. Comment expliquer que des citoyens disposant du même droit ne l'exercent pas avec la même régularité ?
La participation électorale se mesure par le taux de participation, part des inscrits qui votent ; son complément est le taux d'abstention. Ces taux ignorent les non-inscrits et classent à part les votes blancs et nuls, émis par des votants.
Trois familles de facteurs expliquent la participation. D'abord des facteurs matériels : il faut être inscrit sur les listes électorales. La mal-inscription, situation des électeurs inscrits loin de leur domicile réel, élève fortement le coût pratique du vote. Ensuite des facteurs sociaux : la participation croît avec l'âge, le diplôme, l'insertion professionnelle et l'intégration dans des réseaux (famille, associations) qui diffusent la norme du devoir civique. Daniel Gaxie parle de cens caché : le sentiment d'incompétence politique, socialement distribué, écarte les moins dotés en capital culturel comme le faisait autrefois le cens monétaire. Enfin des facteurs politiques : l'abstention « dans le jeu » est le choix d'électeurs politisés qui sanctionnent une offre politique jugée décevante, à distinguer de l'abstention « hors du jeu », retrait des plus éloignés de la politique.
La participation dépend aussi du scrutin : la présidentielle, élection au plus fort enjeu perçu, mobilise davantage que les législatives, municipales ou européennes, qualifiées d'élections de second ordre.
Daniel Gaxie (Le cens caché, 1978) lie abstention et sentiment d'incompétence. Céline Braconnier et Jean-Yves Dormagen (La démocratie de l'abstention, 2007) montrent, à partir d'une enquête dans un quartier populaire de Saint-Denis, le poids de la mal-inscription et de la démobilisation collective. Anne Muxel distingue abstention dans le jeu et hors du jeu. Côté chiffres : au premier tour de la présidentielle, l'abstention est passée de 16,2 % des inscrits en 2007 à 26,3 % en 2022 ; aux législatives, de 39,6 % à 52,5 % sur la même période.
· Comment expliquer les inégalités de participation électorale ? · Vous montrerez que l'abstention ne traduit pas toujours un désintérêt pour la politique.
Quand tu compares des taux d'abstention, raisonne toujours en points de pourcentage (de 16,2 % à 26,3 %, c'est +10,1 points, pas +10,1 %) et vérifie sur quelle base le taux est calculé : des inscrits, pas des citoyens en âge de voter. Cette précision est valorisée en EC2.