Spé. SES · Première · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Les sondages prétendent donner, chaque semaine, la photographie scientifique de ce que pense le pays. Mais mesurer une opinion suppose qu'elle existe, qu'elle soit sincèrement déclarée et correctement échantillonnée : le sondage mesure-t-il l'opinion publique ou contribue-t-il à la fabriquer ?
Un sondage estime les opinions d'une population à partir d'un échantillon représentatif. Deux méthodes existent : la méthode aléatoire (tirage au sort, chaque individu ayant la même probabilité d'être interrogé) et la méthode des quotas (l'échantillon reproduit la structure de la population par sexe, âge, profession, région), dominante en France. Tout résultat est affecté d'une marge d'erreur : environ plus ou moins 3 points pour 1 000 personnes au seuil de 95 %. Deux candidats donnés à 51 et 49 % sont donc statistiquement indépartageables. S'ajoutent les non-réponses, les déclarations insincères et les redressements opérés par les instituts.
La critique sociologique va plus loin. Pierre Bourdieu (« L'opinion publique n'existe pas », 1973) attaque trois présupposés : tout le monde aurait une opinion sur tout ; toutes les opinions se vaudraient, alors qu'elles diffèrent en intensité et en compétence ; et il existerait un consensus sur les questions à poser, alors que les instituts imposent leur problématique. Patrick Champagne (Faire l'opinion, 1990) montre que l'enquêté interrogé produit une réponse même sans opinion préalable : le sondage fabrique en partie ce qu'il mesure. Les défenseurs des sondages répondent qu'ils restent le moins mauvais instrument d'expression égalitaire des préférences entre deux élections : chaque enquêté y pèse le même poids, quand les autres canaux d'expression (pétitions, manifestations, tribunes) favorisent les plus mobilisés et les plus diplômés.
1936 : Gallup prédit la victoire de Roosevelt avec quelques milliers d'enquêtés bien choisis, quand le Literary Digest se trompe malgré plus de deux millions de réponses biaisées. 1938 : Jean Stoetzel fonde l'IFOP. 1965 : les sondages annoncent le ballottage du général de Gaulle, imposant l'instrument dans la vie politique française. Bourdieu (1973) et Champagne (1990) structurent la critique.
· Les sondages mesurent-ils vraiment l'opinion publique ? · Vous montrerez que les résultats d'un sondage dépendent des conditions de sa fabrication.
Apprends l'ordre de grandeur des marges d'erreur (3 points pour 1 000 personnes) : c'est le calcul le plus rentable du chapitre en EC2. Et quand tu cites Bourdieu, énonce les trois présupposés dans l'ordre ; une critique vague des sondages sans ces trois points rapporte peu.