Spé. SES · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
Les inégalités économiques ne suivent ni une fatalité ni une loi naturelle. Sur un siècle, elles dessinent une courbe en U : très fortes à la Belle Époque, comprimées entre 1914 et les années 1970, en remontée depuis 1980. Comprendre cette trajectoire, c'est comprendre que les inégalités sont largement le produit de chocs historiques et de choix politiques.
Courbe en U : la part du décile supérieur dans le patrimoine français passe d'environ 85 % en 1913 à environ 50 % au milieu des années 1980, avant de remonter autour de 55 %. Le mouvement des revenus est analogue, en moins spectaculaire. Compression du XXe siècle : les deux guerres mondiales, l'inflation et la crise de 1929 détruisent les grands patrimoines ; l'impôt sur le revenu (créé en 1914 en France), les droits de succession progressifs et l'État-providence empêchent leur reconstitution. Rebond depuis 1980 : libéralisation financière, baisse de la progressivité fiscale, mondialisation et progrès technique favorables aux plus qualifiés. La divergence entre pays est frappante : la part du 1 % le plus riche dans le revenu national américain passe d'environ 11 % à environ 19 %, quand elle reste proche de 10 % en France. Mécanisme r supérieur à g (Piketty) : si le rendement du capital excède durablement la croissance, les patrimoines existants, notamment hérités, croissent plus vite que l'économie : la concentration s'auto-entretient sauf intervention publique.
Simon Kuznets (1955) prédit une baisse spontanée des inégalités avec le développement (courbe en U inversé) : la remontée observée depuis 1980 réfute cette hypothèse. Thomas Piketty (Le Capital au XXIe siècle, 2013), avec les données du World Inequality Database, rétablit les séries longues et montre le rôle décisif des institutions. Retiens trois chiffres sûrs : 85 % du patrimoine pour le décile supérieur français en 1913 ; environ la moitié aujourd'hui pour le patrimoine contre environ un quart pour les revenus ; quasi-doublement de la part du top 1 % américain depuis 1980.
· Comment ont évolué les inégalités économiques dans les pays développés depuis un siècle ? · Dans quelle mesure la réduction des inégalités au XXe siècle résulte-t-elle de choix politiques ?
Sur ce chapitre, raisonne toujours en trois temps (avant 1914, 1914-1980, depuis 1980) et en deux objets (revenus, patrimoine), en précisant que le patrimoine est systématiquement plus concentré. Oppose Kuznets et Piketty : c'est la confrontation attendue. Quand tu cites un chiffre, date-le et nomme la source (Piketty, World Inequality Database) : sur un sujet aussi statistique, la précision des ordres de grandeur fait la différence entre une copie vague et une copie convaincante.