La mobilité comme reflet des strates sociales

Spé. SES · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique du chapitre

Pourquoi certains individus connaissent-ils une trajectoire ascendante quand d'autres reproduisent la position de leurs parents ? La mobilité sociale n'est pas un simple fait individuel : elle reflète l'état des strates sociales et leurs transformations. Trois grands facteurs s'entrecroisent : la déformation de la structure des emplois, le rôle de l'école et les ressources familiales. Toute la difficulté est de déterminer si la mobilité constatée traduit une réelle égalisation des chances ou un simple déplacement contraint des positions.

Notions et mécanismes essentiels

L'évolution de la structure socioprofessionnelle est le premier moteur : la tertiarisation et la salarisation de l'économie française ont fait fondre les emplois agricoles et ouvriers et gonfler les groupes de cadres et de professions intermédiaires. Les enfants d'agriculteurs et d'ouvriers ont donc dû, mécaniquement, occuper d'autres positions : c'est la mobilité structurelle, largement ascendante. L'école joue un rôle ambivalent : la massification scolaire a ouvert l'accès au baccalauréat et au supérieur, mais l'inflation des diplômes en a réduit le rendement, ce que résume le paradoxe d'Anderson : un diplôme supérieur à celui de son père ne garantit pas une position supérieure. Enfin, les ressources et configurations familiales pèsent sur les trajectoires : capitaux économique, culturel et social transmis, aspirations, information sur les filières, taille de la fratrie.

Auteurs et faits stylisés

Entre 1962 et aujourd'hui, la part des agriculteurs exploitants dans l'emploi est passée d'environ 16 % à moins de 2 %, celle des cadres d'environ 5 % à près de 20 % (INSEE). Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (Les Héritiers, 1964 ; La Reproduction, 1970) expliquent la reproduction par la transmission inégale du capital culturel, que l'école convertit en verdicts scolaires apparemment neutres. Raymond Boudon (L'inégalité des chances, 1973) y oppose une lecture individualiste : les inégalités de trajectoires agrègent des choix d'orientation rationnels mais socialement situés. Louis Chauvel (Le destin des générations, 1998) introduit la dimension générationnelle : les cohortes nées après 1955-1960 s'insèrent dans une conjoncture moins porteuse, d'où la montée du déclassement étudiée aussi par Camille Peugny.

Sujets possibles

· Quels sont les principaux facteurs de la mobilité sociale ? · Vous montrerez que l'évolution de la structure socioprofessionnelle explique en partie la mobilité sociale en France.

Méthode

Dans une dissertation sur les facteurs de mobilité, hiérarchise : commence par le facteur structurel (il fixe le cadre), puis l'école, puis la famille, et montre leurs interactions plutôt que de les juxtaposer. Cite au moins une donnée chiffrée de structure des emplois : c'est le type de précision qui distingue une bonne copie. Pense aussi à mobiliser la distinction mobilité observée/fluidité pour nuancer ta conclusion.