La panique bancaire et les faillites en conséquence

Spé. SES · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel

Problématique

Une banque n'est jamais en mesure de rembourser tous ses déposants en même temps : elle prête à long terme l'argent déposé à court terme. Cette fragilité fait de la confiance le cœur du système bancaire. Comment une simple crainte peut-elle déclencher une panique, transformer une banque viable en banque en faillite, et entraîner des faillites en chaîne ? Comment prévenir ces paniques ?

Notions et mécanismes

La banque exerce une activité de transformation des échéances : elle collecte des dépôts disponibles à tout moment et les prête à long terme sous forme de crédits. Elle ne conserve donc qu'une faible part des dépôts sous forme liquide. C'est utile à l'économie, mais cela l'expose au risque d'illiquidité : si tous les déposants veulent retirer leurs fonds simultanément, la banque ne peut pas faire face, même si elle est par ailleurs solvable.

La panique bancaire (bank run) désigne ce retrait massif et simultané des dépôts. Elle relève souvent d'une prophétie autoréalisatrice : si chaque déposant croit que les autres vont retirer leurs fonds, il a intérêt à retirer en premier, ce qui provoque exactement la faillite redoutée. Le modèle de Douglas Diamond et Philip Dybvig (1983) formalise ce mécanisme : il existe deux équilibres possibles, l'un de confiance sans panique, l'autre de défiance avec ruée. La distinction entre illiquidité (manque de liquidités immédiates) et insolvabilité (actif inférieur aux dettes) est ici essentielle : la panique peut transformer une simple illiquidité en faillite effective.

Les faillites peuvent se propager par contagion : par le marché interbancaire (les banques se prêtent entre elles), par la détention d'actifs communs ou par la perte de confiance généralisée. Une faillite isolée peut alors devenir une crise systémique. Pour prévenir ces paniques, deux instruments sont essentiels. La garantie des dépôts (100 000 euros par déposant et par banque dans l'Union européenne) rassure les déposants et décourage les retraits. Le prêteur en dernier ressort, fonction assurée par la banque centrale, fournit la liquidité aux banques solvables mais illiquides : selon le principe de Walter Bagehot (Lombard Street, 1873), il faut prêter sans limite, à taux élevé, contre de bonnes garanties.

Auteurs et faits stylisés

Douglas Diamond et Philip Dybvig (Nobel 2022 pour Diamond) modélisent les ruées bancaires (1983). Walter Bagehot (1826-1877) formule la doctrine du prêteur en dernier ressort. Faits stylisés : pendant la Grande Dépression, les États-Unis connaissent des vagues de paniques, avec environ 9 000 faillites bancaires entre 1930 et 1933, ce qui conduit à la création de l'assurance des dépôts (FDIC, 1933) et à la séparation des banques (Glass-Steagall Act, 1933). En 2008, la faillite de Lehman Brothers (15 septembre) gèle le marché interbancaire et illustre le risque systémique contemporain.

Sujets possibles

· Comment expliquer qu'une perte de confiance puisse provoquer des faillites bancaires en chaîne ? · Vous montrerez le rôle de la banque centrale dans la prévention des crises bancaires.

Méthode

La clé de ce chapitre est de bien manier le couple illiquidité/insolvabilité : une banque peut faire faillite uniquement parce qu'on a cru qu'elle allait faire faillite. Présente la panique comme une prophétie autoréalisatrice et appuie-toi sur Diamond et Dybvig. Pour les remèdes, n'oublie jamais le duo garantie des dépôts (préventif, côté déposants) et prêteur en dernier ressort (curatif, côté banques) : un seul des deux ne suffit pas à une copie complète.