Spé. SES · Terminale · cours rédigé et vérifié par Claryo, conforme au Bulletin officiel
La société française valorise la méritocratie : la position de chacun devrait dépendre de ses efforts et non de sa naissance. Étudier la mobilité sociale, c'est confronter cet idéal à la réalité des trajectoires. Or la mobilité prend des formes très diverses qu'il faut soigneusement distinguer : tout déplacement dans l'espace social n'est pas une ascension, et une société où l'on bouge beaucoup n'est pas forcément une société où les chances sont égales.
La mobilité sociale intergénérationnelle désigne le changement de position sociale d'un individu par rapport à ses parents : c'est elle que mesurent les tables de mobilité. La mobilité intragénérationnelle (ou professionnelle) désigne un changement de position au cours de la carrière d'un même individu. La mobilité géographique, changement de lieu de résidence, peut accompagner les deux. La mobilité verticale est ascendante quand on s'élève dans la hiérarchie sociale, descendante quand on connaît un déclassement ; la mobilité horizontale (ou non verticale) est un changement de groupe sans changement de rang. On oppose enfin la mobilité observée, c'est-à-dire l'ensemble des flux constatés, à la fluidité sociale : celle-ci mesure la mobilité relative, soit le degré d'indépendance entre origine et destinée, à l'aide des odds ratios (rapports de chances relatives). Une société peut être très mobile parce que la structure des emplois s'est transformée, sans que les chances relatives des enfants d'ouvriers et de cadres se rapprochent.
Pitirim Sorokin (Social Mobility, 1927) fonde l'analyse moderne en distinguant mobilité verticale et horizontale. D'après l'INSEE (enquête Formation et qualification professionnelle 2014-2015), 65 % des hommes âgés de 40 à 59 ans occupent un groupe socioprofessionnel différent de celui de leur père : la mobilité est majoritaire, mais souvent de proximité (vers un groupe voisin). La reproduction reste forte aux deux extrémités de l'espace social : environ la moitié des fils de cadres sont cadres, environ la moitié des fils d'ouvriers restent ouvriers ou employés. Camille Peugny (Le déclassement, 2009) montre qu'environ un quart des individus nés au début des années 1960 occupent une position inférieure à celle de leur père : la mobilité descendante progresse, nourrissant ce que Louis Chauvel appelle la peur du déclassement.
· Dans quelle mesure la société française est-elle une société mobile ? · Vous montrerez que la mobilité sociale peut prendre des formes variées.
Quand un sujet parle de « mobilité sociale » sans précision, commence toujours par poser les distinctions : observée/relative, ascendante/descendante, inter/intragénérationnelle. C'est souvent le coeur de la problématique. Et n'utilise jamais « mobilité » comme synonyme d'« ascension » : le correcteur attend précisément que tu évites cette confusion.